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Dans les années 1970, le Cambodge a connu l’une des révolutions les plus violentes au monde. On a eu l’occasion de découvrir cette terrible période à travers les récits de notre ami Dollar à Battambang. Mais l’horreur, on l’a découvert à Phnom Penh, la capitale cambodgienne. C’est à la prison de Tuol Sleng, aussi appelée S-21, en plein coeur de la ville que Pol Pot a fait déporter, torturer et exécuter les « ennemis » du régime des khmers rouges. Aujourd’hui, le bâtiment est devenu un musée destiné au devoir de mémoire. Une visite qui fait froid dans le dos dans les entrailles d’une gigantesque machine de mort.

Un peu d’histoire : Pol Pot et les khmers rouges

A la fin des années 1960, le Cambodge connait une grave guerre civile opposant le président Sihanouk à une formation politique communiste montante, le Kampuchéa Démocratique dont les membres se font appeler : les khmers rouges ! En 1975, quelques temps après le retrait des forces américaines du Viêt Nam et de la frontière cambodgienne, les khmers rouges s’emparent de Phnom Penh, chassent le gouvernement en place et installent un nouveau régime avec à leur tête le frère « Pol Pot ».

Au début tout se passe bien. Les khmers rouges sont même accueillis en héros par les habitants de Phnom Penh lors de la « libération » de la ville. Mais très vite leur idéologie se met en place pour bientôt engendrer l’un des pires génocides du XXème siècle.

L’objectif de Pol Pot est simple : créer une société utopique basée sur le modèle communiste sans classe ni religion, capable de fabriquer ses propres ressources afin de vivre en autarcie. Une société dirigée par un parti unique, l’Angkar qui signifie « l’organisation ».

Pour survivre, l’Angkar compte bien sûr s’appuyer sur un peuple soumis, travailleur et courageux (comme dans toute bonne dictature !). Sous prétexte d’éventuelles représailles américaines, Pol Pot vide les villes. Hommes, femmes, enfants, vieillards… des milliers de Cambodgiens doivent quitter leur habitation pour rejoindre des « villages de travail » dans les campagnes et travailler dans les champs. Les malades sont sortis de force des hôpitaux pour rejoindre l’exode. Ceux qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas partir sont tués sur place. En 24h les principales villes du pays sont désertées.

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Dans les champs, des Cambodgiens n’ayant jamais travaillé la terre doivent produire une quantité quotidienne de riz irréalisable. Ils travaillent 12 heures par jour et n’ont droit qu’à une seule cuillère de riz en guise de repas. Cueillir un fruit dans un arbre justifie la peine de mort car cela revient à « voler l’Angkar ». Des milliers de personnes commencent à périr à travers tout le pays.

Mais les khmers rouges ne s’arrêtent pas là. Le « peuple nouveau » doit être purifié de tout élément déviant qui pourrait présenter une menace.

Les khmers rouges se mettent alors à pourchasser tous les ennemis du régime : les partisans du précédent gouvernement, les étrangers, les expatriés rentrés au pays et jugés suspects, les étudiants, les médecins, les professeurs, les artistes… Le simple fait de porter des lunettes ou d’avoir les ongles propres signifient qu’on est intellectuel. Une preuve suffisante pour être arrêter ou tuer.

Partant du principe que « pour détruire la mauvaise herbe il ne suffit pas de l’arracher, il faut la déraciner », les khmers rouges éliminent des familles entières pour éviter toute tentative de vengeance.

La folle purge menée par les khmers rouges dure quatre ans, allant jusqu’à se retourner contre certains cadres du parti. Au total, le régime de Pol Pot a tué 40% de la population cambodgienne !

La folie de Pol Pot cause cependant sa perte. Durant tout le temps où il est au pouvoir, le dictateur s’appuie sur des troupes vietnamiennes pour mener à bien son idéologie. Mais plus son peuple décline, plus il y a de soldats vietnamiens au Cambodge. Ayant peur de se faire voler le pouvoir par le pays voisin, il déclare la guerre au Viêt Nam en 1979. L’armée vietnamienne n’a pas de mal à renverser le dictateur qui, comme la plupart des cadres de son parti, disparait dans la nature. Pol Pot meurt en 1998 sans jamais avoir été jugé !

S-21, un lycée devenu prison d’Etat et centre de torture

Tout de suite après avoir fait évacuer Phnom Penh, Pol Pot transforme le lycée Tuol Sleng en une prison d’Etat nommée S-21. Les ennemis de l’Angkar y sont emprisonnés et torturés pour obtenir de faux aveux. La majorité des personnes déportés à S-21 ne savent même pas ce qu’on leur reproche. En réalité, l’arrestation est en soit une preuve suffisante de leur culpabilité. Il ne reste plus aux khmers rouges qu’à leur soutirer des aveux pour signer leur arrêt de mort.

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Dans la prison, les conditions de (sur)vie sont abominables. Les prisonniers sont enchaînés par dizaines, incapables de bouger et allongés à même le sol. Le moindre mouvement, le moindre tintement de chaînes et les surveillants les battent pendant des heures. Chaque prisonnier est torturé 2 à 3 fois par jours, parfois pendant plusieurs mois. Une fois qu’ils ont avoué, Duch, le directeur de la prison signe leurs aveux, les envoyant immédiatement dans l’un des champs d’exécution, les killing fields, en périphérie de la ville. Il y sont alors exécutés. Pas par balle, ça coûte trop cher. Ils sont battus à mort avec des crosses de fusils puis jetés parfois encore vivant dans des fosses communes. Sur 17 000 personnes déportées à S-21, seulement 7 survécurent (certainement les derniers arrivés) !

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Les tombes des 14 dernières victimes de S-21. Les corps ont été retrouvés, fraîchement tués peu de temps avant l’ouverture de la prison.

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Aujourd’hui, les quasi-totalité de la prison est restée intacte. On peut se promener dans la cour de récréation où les prisonniers étaient pendus par les bras, dans les salles de classes où ils étaient enchaînés et torturés et dans les cellules individuelles. Les barbelés qui servaient à empêcher les suicides courent encore le long des façades. Dans certaines pièces, on peut voir des techniques  et des machines de tortures. L’une des salles qui m’a le plus choquée est celle où des mariages forcés étaient pratiqués. L’objectif de cette démarche : fournir à l’Angkar une nouvelle génération de Cambodgiens. Au murs, des milliers de portraits de victimes…

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La visite de S-21 est terrifiante, angoissante et éprouvante. On ressort forcément choqué après plus de deux heures exposé à une telle violence incompréhensible. Mais on ne regrette pas du tout de l’avoir fait. Pour nous, cela fait aussi partie du voyage de découvrir le pays à travers son histoire, même si celle-ci est sombre et dure. Enfin, pour plus d’immersion, on vous recommande l’audio-guide (6$ au lieu de 3$) qui explique en français tout ce qui s’est passé dans ces murs.

Les autres sites incontournables à Phnom Penh

Heureusement que Phnom Penh ne se résume pas qu’à S-21. Pour se remonter le moral après cette visite, vous avez la possibilité de voir les autres points d’intérêts de la capitale :

  • le marché centrale : gigantesque hall où vous trouverez vraiment de tout

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  • le Palais Royal et la pagode d’argent : après S-21, nous avons voulu nous détendre en restant à l’extérieur. Le parc que se trouve devant le palais est le rendez-vous de centaines de pigeons et de Cambodgiens venus jouer avec. Un endroit agréable pour passer le temps.

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  • la place de l’indépendance : un endroit tout aussi agréable pour se promener en fin de journée.

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Notre ressenti de Phnom Penh

Nous garderons un excellent souvenir de Phnom Penh. C’est sans doute grâce à Wolfgang, un médecin allemand expatrié chez qui nous avons fait du couchsurfing pendant 4 jours. Il nous a reçu comme des rois (chambre privée, piscine, vélo, salle de sport, sauna…). On a beaucoup aimé discuter avec lui et boire quelques bières dans les bars à expats de la ville. On s’est promis de venir lui faire un coucou dans sa maison en Crète. Grâce à lui, notre voyage au Cambodge se termine sur une note plus que positive. Nous avons rechargé les batteries et sommes maintenant prêts à attaquer notre prochain pays : le Viêt Nam !

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