Arequipa, 3 800m

Arequipa, 3 800m

La Paz, Bolivie, 3 650m, 10 septembre 2016, 3h du matin – J’écris ces quelques lignes au cas où je meurs d’une crise cardiaque dans la nuit… Cela fait 7 jours qu’il ne m’a pas laché. Tapis dans l’ombre, me guettant au detour d’un escalier, caché au  plus profond de mes veines… un mal invisible mais bien connu dans cette partie du monde : le mal de l’altitude. Aussi connu sous le nom de mal aigüe des montagnes, il toucherait n’importe qui étant monté trop vite, trop haut. Maux de tête, nausées, vomissements, fatigue perpetuelle, vertiges, insomnies… le package est aussi redoutable que complet.

Je ne fume pas, je suis plutôt sportif, j’ai même testé un simulateur d’altitude chez SimAlti pour préparer mon corps avant le voyage. Ça doit être trop vieux pour avoir conservé les bénéfices. Je n’ai pas le mal de mer. Je n’ai pas le mal de l’air. Je n’ai pas le mal des transports. En toute honnêteté, je pensais plutôt bien échapper au mal des montagnes…

Heureusement, j’ai une panoplie d’armes pour combattre l’altitude :

  • monter doucement : c’est fait !
  • mâcher des feuilles de coca (ou les consommer en infusion) : malgré mes réticences et le goût désagréablement amer qui coule dans la gorge, c’est fait. (Pour info, la coca permet de baisser la pression artérielle et de calmer les maux de têtes)
  • prendre des médicaments ayant le même effet sur la pression sanguine
  • et lorsque tout ça ne suffit plus, en dernier recours, il faut redescendre… :-(

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Je pensais être assez fort pour éviter les deux dernieres solutions. Malheureusement, on est bien inégaux face au mal des montagnes. Il touche n’importe qui, sans distinction d’âge, de sexe ou de conditions physiques. Aujourdhui c’est mon tour. Et ce soir, j’en ai marre. Après avoir avaler un cachet, j’envisage serieusement de redescendre au plus vite dans la vallée.

Tout avait pourtant bien commencé. Huacachina, Pérou 406m – Arequipa, Pérou, 2 335m – Cuzco, Pérou, 3 400m. On est monté doucement pour prendre le temps de s’acclimater. Pas suffisament apparemment ! La premiere fois que je l’ai senti, c’était dans le bus d’Arequipa au canyon del colca. Un col à 3 800m à passer. Je me suis senti d’un coup aplati dans mon siege, le coeur à 100km/h, le souffle court, obligé de faire de grandes inspirations pour apporter à mon corps sa dose d’oxygène. Pour une premiere fois aussi haut, cela doit être normal je pense. Plus tard, à Cuzco, c’est essouflé comme après un semi-marathon que j’arrive systématiquement en haut des escaliers. Une fois de plus rien de plus normal à cette altitude…

Mais depuis une semaine, le mal s’est fait plus présent, plus pressant. Depuis notre arrivée en Bolivie en fait…

Hotel Puerta del sol sur l’île isla del sol sur le lac Titicaca. Première nuit horrible. Première fois à plus de 4 000m d’altitude. Un mal de crâne violent, un coeur qui bat à toute vitesse (alors que je dors depuis plusieurs heures !), une chappe de plomb sur mes épaules qui m’empèche de me lever. Ce matin, à la fatigue des 9 mois de voyage s’ajoute une lassitude physique et moral (toujours dû au mal des montagnes). Je n’ai plus envie de faire des treks de plusieurs jours. Je n’ai plus envie de fournir l’effort pour aller voir un site touristique éloigné. Je n’ai même plus l’envie de marcher une heure ou deux. J’ai l’impression d’être démotivé au milieu d’une course qui n’en finit pas. Je rêve d’une plage baignée de soleil où je pourrais m’étendre et ne plus bouger pendant des heures (qui a dit qu’un tour du monde était de tout repos ?!?). Je finis par sortir du lit et faire l’agréable marche de 2h sur l’île.

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Restaurant Las Velas, 4 010m d’altitude

Ce qui me rassure dans tout ça, c’est que Chloé ressent les mêmes effets que moi. Enfin, elle les ressentait… jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes arrivés en début d’après-midi à La Paz. A 3 650m d’altitude, cette énorme fourmilière grouillante est la capitale la plus haute du monde. En théorie c’est presque 500 mètres de moins que ce que j’ai déjà fait. Mais en pratique, le mal des montagnes est toujours là. Et une fois de plus il m’attaque, le soir, sans prevenir, plus violent que jamais. Après une super journée passé sans difficulté en compagnie de nos amis Joris, Laure et Arnaud du blog On part quand ?, c’est à l’heure de l’apéro qu’il passe à l’attaque. Maux de tête. Je dois être un peu déshydraté. Je bois. Ça ne passe pas. Il y a quelques feuilles de coca dans l’hôtel. J’en cale 4-5 dans le creux de ma bouche. Le goût est toujours aussi terrible et déclenche cette fois une terrible envie de vomir. J’accompagne Chloé, Laure, Arnaud et Joris à l’exterieur pour manger. Mes jambes sont lourdes. Chaque pas me coûte. Je m’arrête toutes les 10 marches pour reprendre mon souffle. Les odeurs de nourriture de rue m’écoeurent encore plus. Je parviens à manger 3 malheureuses frites que Chloé me tend. Puis je rentre à l’hôtel. Le sommeil m’aidera certainement. Avant de me coucher, j’avale un cachet de Sorojchi Pills sensé calmer le mal de montagne. Malgré l’envie de vomir et le mal de tête qui s’est intensifié, je parviens finalement à m’endormir… quelques heures. Il est mainenant 3h du matin. Je suis bien reveillé, les jambes coupées, le coeur battant encore et toujours la chamade, incapable de me rendormir. Insomnie.

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Isla del Sol, Lac Titicaca

Il nous reste encore beaucoup de choses à voir en Bolivie. Encore beaucoup (trop) d’altitude. Mais pour le moment je consulte le site d’Amaszonas, la compagnie aérienne qui va nous permettre de visiter la jungle amazonienne et par la même occasion de descendre de 3 400 mètres ! C’est decidé, demain j’achète les billets…

17 Responses to “Putain de mal des montagnes ! Mon expérience en Bolivie.”

  1. PiJay

    Yo Bro!
    Dur dur comme épisode!
    Nausées, maux de tête, vomissements, grosse fatigue, … tu devrais faire un test de grossesse lol 😉 !
    Bon courage dude, gros bisous!

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    • playingtheworld

      Haha… je vais acheter un test, on ne sait jamais ! 😉

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  2. Elo

    Sniffe-la la Coca ! ça marchera p’têtre mieux ! ? !
    ^^
    Trève de blague, prenez soin de vous ! et vive la terre ferme et basse ! :)

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  3. Mandinette77

    Fais gaffe quand même. Nous n’avions pas vraiment le mal de l’altitude mais La Paz nous a vraiment coupé les jambes. On était essoufflés, mal au coeur, fatigués. On est partis direct en Amazonie ou certes c’était plat mais on c’est pris presque 20 degrés dans la gueule, humidité, difficulté à dormir, trek etc… Moi ça allait mais mon mec s’est senti complètement mal, le changement a été trop radical. résultat : une semaine de pause forcée à Sucre avec un passage à l’hôpital (très bien par ailleurs) pour des tests et des médicaments. Bref si tu vas en Amazonie surtout vas y en avion, et attends quelques jours à Rurre avant de partir dans le parc.

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    • playingtheworld

      Hello,
      On est arrivé cet aprem (avec un ptit coucou). Pour le moment tout va bien même si c’est vrai que prendre 20° en 40 minutes, ça pique un peu ! haha
      On a prévu de prendre quelques jours de repos avant de se lancer à la découverte de la forêt amazonienne. 😉

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  4. Julie la Blogtrotteuse

    Je suis Laure et Arnaud du blog On part quand? et quand je vois qu’ils partagent un témoignage sur le mal des montagnes, je clique sur le lien. C’est que je m’intéresse un peu à la question, moi qui le subit en France, à partir de 1600m. Oui, oui, même si peu haut, ça arrive. Comme toi, je suis sportive et plutôt « guerrière », mais depuis de l’adolescence, les journées au ski sont devenus un calvaire : incapable de manger quoi que ce soit de la journée, avec l’envie de vomir qui me suivait partout et surtout quand je sentais des odeurs de bouffe, et les jambes à la fois lourdes et flagellantes… Je skiais pendant une journée puis rentrais chez moi, pâle comme un linge et vidée de toute énergie, la tête menaçant d’exploser. Maintenant, j’ai trouvé des cachets miracles qui m’aident bien (le Vogalène à faire fondre dans la bouche) et je revis. J’espère que tu trouveras, toi aussi, ta solution miracle. J’espère qu’elle sera autre que la descente forcée dans des altitudes plus basses mais, après tout, il vaut mieux louper quelques trucs que les faire sans en profiter.

    Bon courage en tout cas, je n’ai jamais expérimenté un mal des montagnes aussi puissant et ça doit pas être marrant. Tu es déjà bien courageux d’avoir résisté jusque là.
    Je te souhaite un bon et, surtout, rapide rétablissement.

    PS : tes photos font tout de même rêver, j’ai failli oublié de le préciser !

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    • playingtheworld

      Merci pour ton témoignage (et pour les photos haha!)
      Rassure toi ça va beaucoup mieux. On a pris un petit avion pour descendre en Amazonie. Je me sens mieux, même si on est passé de 18° à 38° ! haha
      Ca doit pas être cool le mal des montagnes aussi bas. :-/ Moi qui adore le ski, ça me rendrait fou. Je vais chercher le meilleur remède possible car on retourne en altitude d’ici 10 jours pour aller voir le Salar d’Uyuni. Impossible que je le rate ! 😉

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      • Julie la Blogtrotteuse

        Oh le Salar d’Uyuni, ça a l’air vraiment super !! Quelle chance ! Vous avez réussi a y aller ? Comment t’es-tu senti ? 😉

        Contente de lire que tu t’es vite remis sur pied en tout cas, dans la chaleur moite des basses altitudes 😉

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  5. Anaïs et Nico

    On craignait beaucoup le mal des montagnes en arrivant au Pérou… Petit mal de tête en arrivant à Huaraz, perte d’appétit mais rien d’insurmontable. Nico a eu un gros gros mal de tête en haut de la laguna 69 mais curieusement quasiment plus rien sur le trek de Santa Cruz pourtant plus haut. Aucune logique donc…! On est un peu agacé de voir les touristes qui débarquent comme des fleurs de Lima et montent à 4800m sans conscience du danger (et généralement ça passe !) pendant que nous on fait consciencieusement des étapes… On croise les doigts pour la suite du trip… Profitez bien de l’Amazonie et attention aux tarentules et autres caïmans ! Bisous !

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    • playingtheworld

      On espère pour vous que ça va continuer dans ce sens ! :-) Profitez bien, nous on se régale en Amazonie ! Bisous

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  6. Hervé Cermal

    Je me permets d’intervenir concernant le mal des montagnes, un sujet épineux et complexe pour beaucoup.
    Ce mal sournois affecte certaines personnes, d’autres non. J’ai personnellement pas mal d’expérience sur le sujet comme accompagnateur de groupes depuis 16 ans au Pérou et en Bolivie, avec près de 10.000 personnes accompagnées, donc j’ai tout vu et tout entendu et en relation constante avec les médecins locaux spécialisés dans ces problèmes.
    De nombreuses personnes pensent avoir leur « recette miracle », soyons clair, s’il en existait une cela se saurait, tout le monde le prendrait, le problème serait résolu et il n’y aurait plus de discutions.
    Diamox: uniquement sur ordonnance. Les médecins eux-mêmes sont très divisés sur ce médicament aux effets secondaires parfois redoutables dont le principal est la déshydratation qui peut être dramatique en altitude. Il est recommandé, ou au contraire déconseillé par les médecins (même spécialisés en haute montagne). Il n’agit que sur les problèmes respiratoires, mais n’a aucun effet sur les autres symptômes: maux de tête, problèmes gastriques, fatigue, etc…
    Sorojchi Pills: médicament bolivien composé de caféine, d’acide acétylsalycilique (nom scientifique de l’aspirine) et solaphène (dérivé de l’aspirine). Déconseillé par la grande majorité des guides, certains affirment même qu’il est dangereux. Il n’a pas plus d’effet que la simple aspirine.
    Coca: en tisane (maté), feuilles à mâcher ou homéopathie. Efficacité limitée, sorte de Diamox naturel, mais une aide intéressante.
    Il existe un produit naturel composé de plantes des Andes et d’Amazonie, sans effet secondaires et efficace pour la plupart des symptômes (maux de tête, fatigue, problèmes digestifs, vertiges, etc…) – ALTI VITAL – pour l’instant vendu seulement au Pérou. Ce produit est actuellement testé sur les migraineux et les personnes atteintes de névralgies faciales avec d’excellents résultats.
    En espérant avoir pu être utile, n’hésitez pas à me contacter pour plus d’infos.
    Bonnes découvertes dans les magnifiques Andes.
    Hervé

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    • Julie la Blogtrotteuse

      Super toutes ces infos, merci Hervé !

      Je me permets juste d’intervenir quant aux Sorojchi Pills : s’ils contiennent effectivement de l’aspirine, alors je les déconseille vivement. Si vous le prenez et que vous vous blessez, vous risquez une hémorragie grave.
      Je suis étudiante en quatrième année de médecine et tous nos professeurs nous répétent que si ce médicament demandait sa mise sur le marché aujourd’hui, elle lui serait refusée. Pour la simple et bonne raison qu’en plus de diminuer les douleurs, fièvres et inflammations, l’aspirine fluidifie le sang. Ce composé chimique est d’ailleurs utilisé à beaucoup plus faible dose en tant qu’anticoagulant. Donc, à part si votre sang coagule trop, l’aspirine est à proscrire, et encore plus dans le coexte sportif.

      J’espère que ce commentaire vous aidera à ne pas mourire en haute montagne ! 😉

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